Être une femme et vivre à Dublin #metoo

Hello tout le monde !

Cette semaine, en me préparant un matin, je pensais à mes copines qui vont bientôt déménager vers Paris et à quel point ce serait cool de passer un week-end avec elles dans la capitale ! Et puis, j’ai commencé à me dire qu’il allait certainement falloir que je me déplace seule et j’ai commencé à paniquer.

J’ai toujours eu peur de Paris parce que je ne m’y sens pas en sécurité. Pourtant, vu où je vis à Dublin, je devrais être rodée !  Mais voilà, je n’y suis allée qu’une fois, quand j’avais 11 ans et l’expérience m’a traumatisée. D’ailleurs, je ne me souviens quasiment plus de ce que j’ai visité, je me rappelle surtout avoir été extrêmement mal à l’aise face aux regards des hommes du quartier où je logeais. Pourtant, je n’étais qu’une enfant, tout droit sortie de sa campagne … Avec tout ce qui se passe en ce moment et suite aux nombreux témoignages lus sur les réseaux sociaux, j’ai eu envie d’aborder le sujet du harcèlement de rue, de vous raconter qu’à moi aussi, ça m’est arrivé et surtout comment ça se passe depuis que je vis à Dublin.

Quand j’avais 11 ans, il y a donc eu cette première expérience parisienne. Avec le recul, je me dis que c’est fou à quel point cet épisode m’a marquée, alors qu’aucun mot n’a été prononcé. D’ailleurs, je n’y suis jamais retournée depuis, et rien que de penser à me rendre dans cette ville me donne envie de me cacher sous terre. Par la suite, j’ai eu d’autres expériences de harcèlement. Un gars d’une soixantaine d’année qui m’accoste à la sortie du lycée, d’autres hommes qui me demandent mon numéro dans la rue …  Il y a aussi les mecs qui se collent derrière toi quand tu es en boîte, parce que c’est bien connu, les filles ne viennent pas pour danser ou passer un moment entre copines, mais pour chopper !

Je crois que la fois où j’ai eu le plus peur, je rejoignais mon parking pour aller à la fac un matin. Il était 11h, la rue était déserte, sauf un homme qui marchait devant moi. Il s’est retourné pour me regarder et il a ralenti le pas. Il n’arrêtait pas de se retourner. Il était tellement qu’au bout d’un moment, j’ai fini par arriver à sa hauteur et il a commencé à me parler. Je ne me souviens même plus de ce qu’il m’a dit tellement je me suis renfermée pour l’ignorer. En vrai, j’avais juste peur parce que j’étais seule et que je craignais qu’il me suive dans mon parking couvert et désert. Heureusement, il n’a pas insisté, mais j’ai toujours gardé une bombe lacrymogène sur moi depuis. A l’époque, je vivais dans une toute petite ville de province où il ne se passe pas grand chose, mais j’avais peur de sortir seule.

Aujourd’hui, je vis dans une capitale. Une petite capitale, certes. Cependant, je constate que la façon dont les femmes sont traitées est bien différente. Alors oui, les femmes n’ont pas autant de droits sur leurs corps et j’espère de tout cœur qu’un jour, les choses changeront. Mais en attendant, nous sommes libres de sortir de chez nous sans craintes et de s’habiller comme nous le voulons. 

Je ne vis pas dans un quartier cossu de Dublin. Je vis dans un endroit où les gangs s’entre-tuent, où les sans abris et les drogués viennent boire ou se piquer. Dans ma rue, c’est un gros melting pot. Des gens de toutes nationalités, toutes religions et de tout statut se côtoient. Bref, tout ça pour vous dire que ce n’est pas le coin le plus sympa de la ville mais que c’est pourtant très diversifié et que, sociologiquement parlant, il y a toutes les classes de la population. Pourtant, je me suis rarement sentie en danger.

Les Irlandaises ne sont pas connues pour leur sens aiguë de la mode, bien au contraire. Elles sont souvent moquées ou critiquées pour leurs tenues très courtes et parfois vulgaires. Le samedi soir, que ce soit à Dublin ou à Galway, les touristes sont parfois surpris, voir choqués, de voir des filles si peu vêtues. Un jour, ma tante qui vit à Paris a même dit « Si elles sortaient comme ça chez moi, elles seraient foutues ! ». Personnellement, même si je ne trouve pas toujours que leurs choix vestimentaires sont du meilleur goût, j’admire ces femmes. J’admire qu’elles se fichent du regard des autres et surtout des hommes. D’ailleurs, à part les draguer, ils ne font rien de plus. Bien sûr, je ne dis pas qu’il ne leur arrive pas de se faire siffler, accostées ou agressées. Mais le harcèlement de rue au quotidien est quasiment inexistant. En deux ans, j’ai eu un seul petit « Hey lovely girl ! » dans la rue. Pourtant, je rentre seule la nuit, je porte des robes pour aller au boulot, parfois, je mets des collants couleur chair et même des talons.

J’ai discuté de ce sujet avec d’autres Françaises qui vivent ici depuis plusieurs années et nous avons toutes constaté que le harcèlement de rue était très peu présent en Irlande (pour ne pas dire inexistant).  Bien sûr, il y a des crimes à Dublin et, comme je l’ai décrit plus haut, dans mon quartier, ce n’est pas toujours la joie. Mais être une femme ne me met pas plus en danger. Je ne pourrais pas vous expliquer pourquoi il y a plus de harcèlement de rue dans certains pays que d’autres. Je ne pense pas que ce soit un problème culturel, ni générationnel, car j’ai personnellement été interpellée par des hommes d’âges et d’origines différentes et je crois que ce problème existe depuis bien plus longtemps qu’on ne le dit. J’imagine que c’est surtout un problème d’éducation et de la façon dont la place de la femme est inculquée dans les familles. En Irlande, la femme est le pilier de la famille, elle est vénérée et estimée de tous. Cela a bien sûr ces revers qui ne plairont pas aux plus féministes d’entre nous (hello l’avortement et la culture des femmes au foyer), mais au moins, les hommes les respectent. 

Je n’ai malheureusement pas de solution miracle pour que nous ayons la paix partout où nous nous rendons, mais je voulais vous partager mon expérience et vous dire que dans certains endroits, les femmes peuvent vivre sans se soucier de leur apparence ou craindre pour leur sécurité. 

A bientôt 

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4 comments

  1. Julia says:

    Je découvre ton blog et je ayant vécu à Dublin je vois exactement ce que tu veux dire. Je ne vivais pas dans un quartier tranquille non plus mais je pouvais rentrer à pas d’heure seule je n’avais pas peur.

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